Cas d(es) école(s)

Alors qu’après le rejet de l’amendement au dernier conseil municipal la mobilisation se poursuit dans le quartier du Parc Habité d’Arenc (et pas que) pour que la nouvelle école Antoine de Ruffi accueille en priorité les enfants de l’école actuelle Ruffi, il me semble intéressant de revenir sur l’historique et sur les questions que cette affaire pose également pour les futurs quartiers d’Euroméditerranée.

L’affaire Ruffi
Depuis 15 ans les élèves et les enseignants du secteur de l’école primaire RUFFI (13003) sont contraints d’étudier et d’enseigner dans une école en préfabriqué qui ne devait être que… provisoire. Cette école accueille 17 classes de maternelle et de primaire dans des conditions indignes. Froid glacial l’hiver, fournaise l’été, classes et cour d’école minuscules, présence de polluants… et même des plafonds qui s’écroulent ! La santé et la sécurité des enfants sont menacées, tout autant que celles des enseignants.
En 2018, après plusieurs vagues de protestations, et tandis que la Ville de Marseille fait toujours la sourde oreille, l’Etablissement Public d’Aménagement Euroméditerranée finit par accepter de prendre en charge la construction d’une nouvelle école de 22 classes baptisée ANTOINE DE RUFFI (13002), à 200 mètres de l’école RUFFI. Elèves et enseignants, soulagés et ravis, sont même invités en décembre 2018 à la pose de la première pierre de leur future école, qui doit ouvrir à la rentrée 2020.
Mais un changement de la carte scolaire voté lors du conseil municipal du
25 novembre 2019 vient modifier la sectorisation de cette nouvelle école ANTOINE DE RUFFI, reléguant ainsi la plus grande partie des élèves de l’école RUFFI hors du nouveau périmètre.
Avec le comité d’intérêt de mon quartier, j’ai souhaité m’opposer à cette décision injuste pour les enfants, les parents et les enseignants qui font un travail formidable, qui plus est dans des conditions apocalyptiques. J’ai aussi essayé de comprendre le pourquoi des événements et ce que nous apprennent les déclarations des uns et des autres.

Un peu d’histoire

A Marseille, l’école primaire est sous la responsabilité de la municipalité, tandis que le collège est sous celle du département et le lycée sous celle de la région. En résumé, l’Etablissement Public d’Aménagement Euroméditerranée n’est pas censé construire et financer les équipements scolaires. Mais il n’est pas non plus censé ignorer qu’avant de construire des habitations, il faut être sûr que les écoles, collèges et lycées suivent… Quant aux institutionnels concernés, ils font partie du Conseil d’Administration d’Euroméditerranée et ne peuvent donc ignorer les responsabilités qui leur incombent, non plus que l’état de déliquescence de la plupart des établissements scolaires publics de Marseille, plus particulièrement au nord de la ville.

L’école en préfabriqué Ruffi en novembre 2019 : 17 classes de primaire attendent une « vraie » école

Que se passe-t-il donc au moment où Euroméditerranée planifie la construction des habitations d’Euromed 1, dont celles du Parc Habité d’Arenc où se situe cette école Ruffi en préfabriqué ? La Ville de Marseille promet la construction d’une nouvelle école pour remplacer l’école « temporaire » Ruffi. Mais au lieu de cela, elle demande au diocèse de construire une école privée dans la rue d’à côté, l’école Robert Schuman, ce qui permet aux parents qui en ont les moyens et habitent ou travaillent dans le quartier de faire scolariser leurs enfants dans de bonnes conditions. Nouvelle vague d’incompréhension des enfants, des parents et des enseignants de l’école Ruffi qui voient cette inauguration célébrée sous leur nez par la Ville de Marseille, et l’ouverture d’une « vraie » école publique pour tous à nouveau repoussée.

Nouvelles constructions dans le « Parc Habité » d’Arenc

Dans le même temps, le Parc Habité d’Arenc continue à s’étoffer de nouvelles constructions. Sur les 2 500 logements prévus, dont 25 % de logements sociaux imposés par la loi (exceptionnellement non contournée dans cette partie de la ville), 1 600 ont déjà été livrés et les nouveaux habitants qui n’ont pas les moyens et/ou l’envie de mettre leurs enfants dans le privé s’impatientent eux aussi de ne toujours pas voir d’école publique décente s’ouvrir à la place de l’école Ruffi.

Chaos dans les infos

Lorsque le sujet du vote du nouveau périmètre de l’école Antoine de Ruffi sort dans la presse, je reste incrédule devant les diverses déclarations des responsables institutionnels qui ont fomenté cette nouvelle sectorisation et appelé leurs amis élus à les appuyer. Les articles, les déclarations et les interviews désordonnés se succèdent, mais au final on ne sait toujours pas si ce sont 5 ou 13 ou 20 ou 22 classes qui vont ouvrir et quand, et surtout qui sont ces fameux enfants auxquels la municipalité va faire l’extrême honneur d’accorder une place dans une école « normale ». Opération réussie : plus personne ne sait exactement de quoi ni de qui on parle, et les « riches » et les « pauvres » du 3e et/ou du 2e arrondissement (on ne sait plus non plus) vont pouvoir s’étriper pendant que la municipalité partira s’occuper de l’élection de Miss France qui fera « rêver » Marseille…

La nouvelle école Antoine de Ruffi en construction, novembre 2019

L’argument principalement invoqué est donc que cette école est pour les « nouveaux habitants » : mais qui diantre sont ces enfants de nouveaux habitants qui vont remplir les classes de la nouvelle école puisque lorsque l’on croise le nouveau périmètre scolaire avec celui d’Euroméditerranée on obtient un petit rectangle et une petite pointe qui n’englobent aucun logements récents, mais seulement un immeuble à livrer en 2020 (178 logements dont 35 sociaux et 57 en accession), et deux autres en 2021
(246 logements dont 90 sociaux) : pas de quoi remplir une école.

La Présidente d’Euroméditerranée ne nous aide pas beaucoup à nous y retrouver, déclarant que « l’école Ruffi neuve » (exit le décrié Antoine de…) est là pour « répondre entre autres aux besoins des nouveaux habitants du quartier dans le cadre d’Euroméditerranée, et les enfants sont déjà là et ont besoin d’une école. » Dans ce « cadre » flou une chose au moins me rassure : Laure-Agnès Caradec est au courant que les « nouveaux habitants » sont déjà là depuis un moment. Ma question subsidiaire n’en reste pas moins en suspens dans le cyberspace de notre « smart city » : qu’advient-il donc des enfants des habitants de ces 1 600 logements déjà livrés, dont la majorité ont eux aussi été exclus du nouveau périmètre de l’école Antoine de Ruffi ?

Pour la plupart des parents d’élèves et pas mal d’autres – journalistes compris – les choses sont claires : ces « nouveaux habitants » sont les « riches » d’Euroméditerranée et leurs « petits riches » d’enfants. Et même si cela ne supporte pas l’examen, je me dis que ce raccourci un peu facile n’est finalement que le résultat de la communication ridiculement « premium », « hype », « branchée », « tech » etc. que Euroméditerranée déploie depuis toujours, essentiellement en direction des entreprises mais créant de fait un imaginaire de « quartier de luxe » dans l’esprit des publics non avertis. J’ai aussi le sentiment, partagé par un certain nombre de mes voisins, que tout est fait pour mettre le feu entre anciens et nouveaux habitants, ce qui est totalement contre-productif, voire dangereux.

25 novembre : enfants, parents et enseignants se réunissent à la mairie pour protester contre le « conseil municipal de la honte »

En fait toute personne vivant dans les nouveaux immeubles sait parfaitement que les « riches » ne viennent pas habiter dans le nord de Marseille, même si bien sûr on est toujours le « riche » de quelqu’un. Comme dit une de mes amies de la Belle de Mai très impliquée dans la vie de son quartier lorsque je lui parle de ces questions : « En effet, nous aussi on l’attend toujours, la ‘gentrification’ – ha ! ha ! ha ! [sic] ».

Changer de logiciel

Pour prendre un peu de hauteur sur la question, il faut d’abord lire ce billet de mon amie Anne Pfister, posté sur Mediapart, qui documente l’échec de la ségrégation scolaire et les bénéfices de la mixité. Bien sûr cette mixité, tout comme celle des immeubles, ne se décrète pas en mettant simplement des enfants ou des adultes de cultures et de milieux différents au même endroit. Mais il se trouve justement que, comme l’indique le syndicat des enseignants des Bouches-du-Rhône, les « collègues de Ruffi » font un travail « pédagogique responsable, engagé et souvent novateur » dans cette école
(voir par exemple un extrait du travail réalisé dans le cadre du projet « Nemesis »).

Donner accès à tous les enfants de l’école Ruffi à la nouvelle école est donc une occasion unique de commencer à créer de la mixité dans un quartier qui en manque, et cela ne pose pas de problème insurmontable. Il est en outre peu probable que ceux qui ne veulent que des têtes blondes dans les écoles de leurs enfants achètent à la fois dans le nord de la ville et dans des immeubles mixtes.

Enfin, si la municipalité et Euroméditerranée sont incapables de gérer efficacement la question des écoles ici dans le quartier du Parc Habité d’Arenc, comment vont-elles la gérer dans Euroméditerranée 2, où elles espèrent 8 000 habitants d’ici à 2028 rien que sur « Les Fabriques » ? Lors de ce même conseil municipal du 25 novembre la Ville a bien promis une école pour ce nouveau quartier du 15e arrondissement : appellera-t-elle encore une fois le diocèse à la rescousse, comme le Département le fait d’ores et déjà pour le collège, ou décidera-t-elle finalement de construire une école en préfabriqué ?

Vous pouvez soutenir les enfants, les parents et les enseignants de l’école Ruffi en signant la pétition lancée par un des parents d’élèves :
https://www.change.org/p/l-ecole-antoine-de-ruffi-doit-etre-l-ecole-de-tous-nos-enfants

3 commentaires sur “Cas d(es) école(s)

  1. Une école est prévu au Dock Libre près du métro National, mais cette école qui était prévue pour 2021, 2022 jamais réellement informé par cette municipalité, elle devait être sortie du PPP pour que les travaux commencent plus rapidement
    Mais cela semble une désinformation, l’ancienne école Ruffi serait encore ouverte jusqu’en 2024 mais connaissant cette municipalité (du moins si c’est les mêmes qui sont à la Mairie ) cela sera plus tard, rien n’ayant encore commencé
    Pour les parents de l’école Ruffi s’ils se sentent délaisser et rejeter c’est que certains vivent dans des mauvaises conditions et que les nouveaux logements sont neufs ce qui peut créer ce sentiment de rejet, surtout que la Mairie avait laissé entendre que la nouvelle école Ruffi accueillerait tous les élèves lors de la pose de la première pierre
    Mais le problème, comme cela est dit dans l’article, c’est le non pris en compte des services publics et en particulier les écoles lors des constructions des logements par milliers par Euromed

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    1. La consultation pour l’école des Docks vient (enfin) d’être lancée https://mpe-marseille.local-trust.com/app.php/consultation/25343?page=entreprise
      Je comprends tout à fait la colère des parents et je les soutiens à 100 %. Ce que je dénonce c’est toute cette pub qui au lieu de s’appuyer sur les personnes qui forgent l’humanité de notre quartier : ses habitants et ses commerçants historiques, essaye de faire croire à qui veut bien l’entendre qu’ici c’est un nouveau « Miami », « Brooklyn » où je ne sais quoi… Pas étonnant alors que les anciens habitants aient une image déformée des nouveaux. Maintenant que j’ai dit ça on ne peut pas en vouloir à des gens de souhaiter venir s’installer ici, et je connais aussi pas mal d’anciens habitants qui sont plutôt contents de voir une population de classes moyennes arriver. Enfin s’il y a des inégalités dans l’attribution des logements sociaux neufs, quelqu’un doit effectivement se pencher sur la question, tout comme s’il y a à l’avenir des inégalités dans l’attribution des places à l’école Antoine de Ruffi.

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    2. Déjà, il y a 4/5 ans, il était clair que comte tenu du nombre de logements en construction et à construire, selon les ratios logements / structures pour enfants, il manquerait d’ici 2020, 2 écoles, plusieurs crèches, un petit collège.
      La mairie est restée dans l’inertie face à ces données statistiques prévisionnelles simple que n’importe quel bureau d’étude d’urbanisme est en capacité de faire.
      La mairie n’a jamais voulu inscrire en délibérations de conseil municipal ni budgété la moindre structure… elle a laissé pourrir comme elle a laissé pourrir les habitations du centre ville jusqu’à morts d’hommes et de femmes !…

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